Les conséquences psychologiques du dopage chez l’enfant et le jeune
Philippe Nicolino, délégué fédéral sport à l’Union Nationale Sportive Léo Lagrange

Avant propos

La question tabou du dopage chez l’enfant et le jeune doit nous préoccuper au-delà du domaine du sport. La question du dopage chez l’adulte se pose en terme de santé, de droit et de délinquance et d’éthique. Le sportif adulte, dopé ne l’est pas souvent « à l’insu de son plein gré », même si dans certaines situations, les sportifs ont du mal à déterminer ce qui médicalement et réglementairement est dopage ou non. Se médicamenter, légalement ou non, pour améliorer ses performances est aussi un problème de conscience, d’inconscience, et d’éthique.
La question du dopage chez l’enfant et le jeune pose aussi la question des rapports entre les adultes et les enfants, en terme de manipulation à minima, voire de barbarie. La communauté internationale a édicté une charte sur les droits de l’enfant, reprenant sur le fond les principes des droits de l’Homme..

La question des conséquences psychologiques du dopage peut être abordée par ses dimensions sociales, affectives et intellectuelles et ce à travers les différents stades du développement de la personnalité.

La période prénatale : il ne semble pas inutile de rappeler que toute prise de substance chez la femme enceinte agit sur l’enfant qu’elle porte. L’action d’un excitant ou d’un calmant agira aussi sur l’enfant, qui percevra les états d’anxiété ou d’euphorie de sa mère. Si la personnalité de la mère est perturbée par des effets de dépendance ou de manque, à certaines substances dopantes, elle rejaillira sur l’enfant. Il n’est pas impossible de penser que certains enfants naissent déficients, comme cela est le cas dans des situations non sportives (femmes toxicomanes).

De la période anale à la période phallique (de 1 à 6 ans) : même si la pratique sportive des enfants de moins de 6 ans reste faible, elle se développe de plus en plus. Ceci permet de rappeler les effets négatifs secondaires des eaux fortement chlorées pour les bébés nageurs. De plus, cette période est celle de la construction des premiers repères chez l’enfant, tant au point de vue des fonctions fondamentales comme se nourrir, l’affirmation du surmoi à partir de l’éducation à la propreté, la construction de la personnalité et enfin l’autonomie fasse à l’autorité dans la période de l’Oedipe.
En ce sens, la perturbation de l’évolution de l’enfant par la prise injustifiée de différentes substances risque de compromettre plus ou moins gravement le passage à la vie adulte. Sans parler de dopage organisé pour les enfants, les parents et les éducateurs sportifs ont donc un rôle important dans le domaine de la santé des enfants sportifs, tant au niveau de l’hygiène, de l’alimentation, qu’au niveau du respect de leur fragilité corporelle et affective.
L’enfant construit son moi et son surmoi avec et contre l’adulte.
Surentraîner ou médicamenter l’enfant dans le cadre de la pratique sportive revient à fausser dès le plus jeune âge les repaires essentiels au passage à la vie adulte par l’adolescence.

La période de latence (de 6 à 11 ans) : C’est une période très favorable à l’éducation grâce à la curiosité des enfants. C’est la période où la personnalité s’affirme et où le champ relationnel se développe. L’enfant se retrouve dans une situation de vulnérabilité du fait de son extrême curiosité et de son aspiration à un onirisme social (s’inventer un monde merveilleux). Les aînés ont une importance particulière, leur influence est grande.
Plus que les risques au détriment de sa santé, contraindre ou convaincre l’enfant de recourir à une médicamentation pour améliorer les résultats de sa pratique sportive revient aussi à compromettre sa capacité à réfléchir, particulièrement en ce qui concerne le principe de causalité.
Doper l’enfant ou simplement ne pas différencier ce qui relève de l’acte ou d’une conduite dopante, revient à duper l’enfant et à fausser durablement son système de réflexion, de jugement et de représentation sociale.

Le stade génital, la crise de l’adolescence : C’est la période dite difficile sur le plan psychologique, du fait de la fatigabilité due à la croissance et du fait du passage à la crise d’adolescence, indispensable à la recherche de sa personnalité.
C’est la période de la filiation héroïque où l’adolescent s’identifie au champion. En ce sens, non seulement les adolescents restent des êtres influençables, mais ils peuvent aussi être à la recherche de la prise de substances soit dans sa quête d’héroïsme, soit dans leur recherche, pour les garçons, de microtraumatisme pour montrer leur virilisme.
Doper un adolescent reviendrait donc à l’emprisonner dans une période de filiation héroïque qui ne lui permettra pas de dépasser le stade génital. Ne pas être attentif au surentraînement revient aussi à enfermer un adolescent dans une recherche sans fin de sa virilité par la multiplication des microtraumatismes ou d’abandonner cette recherche de virilité et de réduire son corps à un objet de souffrance physique et sociale.
En résumé, la période de filiation héroïque que représente l’adolescence plonge l’adolescent dans une phase d’instabilité psychologique et émotionnelle particulière. De ce fait, le dopage à cette période aura des conséquences à la fois sur la construction de la personnalité des adolescents, compromettra leur passage à l’age adulte, perturbera plus ou moins durablement leur stabilité psychoaffective, pourra développer durablement certaines dépendances et favorisera la perte des valeurs.
Le dopage pourra aussi avoir de graves conséquences sur le système de représentation des adolescents, ces derniers pourraient faire des associations durables de type « pour être un adulte il faut fumer » « pour être un champion il faut se doper » « pour se procurer du plaisir il faut se droguer ».

Propositions

La responsabilité de l’éducateur sportif est avant tout de d’utiliser sa science et sa pédagogie au service du développement de l’enfant et de l’adolescent. En ce sens, non seulement tout acte de dopage doit être proscrit, mais l’accompagnement médical et psychologique doit être adapté aux différentes étapes du développement de l’enfant et de l’adolescent.
La pratique sportive, dans sa dimension motrice et sociale doit contribuer à ce développement. Le dopage chez l’enfant et l’adolescent aura des conséquences psychologiques lourdes et durable en compromettant la bonne réalisation des différentes étapes de leur construction psychoaffective, en les emprisonnant dans un système de dépendance et en bouleversant leur système de valeurs et de représentations sociales.